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- Membre : Bande Originale De Film

DISNEY - Robin Des Bois (1973)
Par MARCO STIVELL le 13 Décembre 2017          Consultée 358 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Il faut des années à DISNEY pour se relever d'un coup dur. On l'a bien vu en 1959, et désormais les studios doivent compenser avec la mort de Walt, le "cerveau", le "rêveur", depuis la fin de l'année 66, plus que celle de son frère Roy, fin 71. Les Aristochats, L'Apprentie Sorcière, malgré leurs bonnes idées respectives, témoignent de ces remises en question ou d'une traversée dans le brouillard durant laquelle les employés des studios tentent de se raccrocher aux branches. La plus solide d'entre toutes reste Robin Hood, Robin des Bois, l'une des légendes favorites en Europe.

L'histoire du hors-la-loi qui extorquait les riches pour donner aux pauvres avait déjà été adaptée par DISNEY, en prises réelles et au début des années 50. Certains puristes considèrent d'ailleurs qu'il n'y a jamais eu d'autre adaptation... Tous les goûts sont dans la nature, mais comment soutenir une telle affirmation face à ce qui reste le film d'animation le plus réussi des années 70, peut-être des années 80 aussi (jusqu'en 86, ou en 89) ? Nouvel exemple de réussite d'une équipe qui marche (Wolfgang Reitherman – réalisation -, Ken Anderson – animation -, George Bruns – musique d'accompagnement -, Walter Sheets – orchestrations -), équilibre formidable et parfait entre la drôlerie et l'émotion la plus douce et forte, voilà ce qu'est Robin des Bois.

Dix ans après Merlin l'Enchanteur, DISNEY rend une dernière fois hommage à l'Angleterre médiévale, chevaleresque d'une certaine façon, grâce à l'héroïsme de Robin (quel petit garçon n'a pas voulu lui ressembler ?) et son fidèle Petit Jean, leur sens de l'honneur et de l'humour, l'amour courtois de Robin et Lady Marianne, les subtilités des dialogues, y compris ceux de l'infâme Prince Jean qui ne pense qu'à l'argent et au pouvoir volé à son frère Richard... Bruns et Sheets habillent cette fois les chansons de Floyd Huddleston (déjà employé pour Les Aristochats) et Roger Miller.

L'influence de ce dernier, populaire aux Etats-Unis, est déterminante car il est tout à fait capable de jongler entre ballades tristes et profondes du niveau d'un Elvis PRESLEY, pour rester dans les contemporains, et morceaux country dansants et amusants. Si la bande originale de Robin des Bois ne comporte que peu de chansons, elles sont toutes mémorables. En première ligne, il y a le skiffle "The Phony King of England"/"Messire le Roi de Mauvais Aloi", qui fait écho à la "Tyrolienne des Nains" de Blanche-Neige jusque dans la chorégraphie de Lady Marianne. Et, sur l'autre versant, le plus doux et triste, "Not in Nottingham"/"Pas à Nottingham". Qui n'a pas pleuré en l'écoutant et en pensant aux injustices de ce monde ?

C'est l'occasion de parler de nouveau d'un doublage qui n'est même plus simplement "de qualité". L'ours Petit Jean par exemple, fait revenir Phil Harris, comme pour le chat O'Malley et de façon plus directe, Baloo. Mais là, il n'y a pas photo, les voix françaises devancent largement les américaines. Le chanteur Pierre Vassiliu pour Allan-A-Dale/Adam de la Halle le coq narrateur apporte un gros plus (mieux que Roger Miller en personne), une voix élégante et claire à la merveilleuse "Pas à Nottingham". Il y a surtout Philippe Dumat et Roger Carel. Peter Ustinov et son accent russe, Terry-Thomas (qui a joué Big Moustache dans La Grande Vadrouille) faisaient déjà de beaux Prince Jean et Triste Sire/Persiffleur, mais là, pour Dumas et Carel (qu'on avait déjà apprécié en Kaa), les fous rires ne se comptent plus. Pour donner raison à mon collègue Baker, c'est la crème de la crème du doublage. À noter que Carel et Pierre Tornade (Frère Tuck) sont aussi Astérix et Obélix dans les dessins animés correspondants, et que Dumat et Carel inverseront l'importance de leurs rôles, sans perdre leur classe dans le prochain DISNEY "anglais", Basil Détective Privé en 1986.

Le doublage n'est pas seulement brillant avec évidence, il est aussi plein de subtilités, et la musique également. La guitare, jusque là rarement présente chez DISNEY (un peu dans les années 40, et au début de Merlin en 63), est omniprésente en fond, nettement plus que l'orchestre, et tisse de très bonnes ambiances quelle que soit la scène : le bouleversement "triste" de la seconde partie comme le tournoi de tir à l'arc qui tourne au vinaigre. On est quelque part entre le swing et le jazz-rock pour cette partie désopilante où certains personnages pratiquent le judo et le football américain. Ce renouvellement des studios était déjà un peu montré durant l'animation de L'Apprentie Sorcière. Les scènes de nuit à la campagne des Aristochats, avec les chiens, se retrouvent durant toute la partie où Robin va libérer Frère Tuck, grâce à un smooth jazz, du vibraphone, des explosions orchestrales...

La nouveauté reste le maître mot. Dès le début, ce n'est pas un générique DISNEY classique façon Hollywood, mais une récitation à l'ouverture d'un livre, suivie par la chanson à sifflements, "Whistle-Stop" d'Adam de la Halle, légère et communicante, partagée entre folk et jazz. Sur le même rythme juste après, une autre ballade country pour ouvrir le film, "Oo-de-Lally". Le ménestrel Adam comme le groupe improvisé de "Phony King of England" mettent la guitare en avant, classique, acoustique ou électrique, pendant que résonnent les violons et les voix chaudes des interprètes. DISNEY est resté sourd à la vague rock'n'roll, les studios arrivent cependant à contourner la vague folk britannique des années 60-70 pour parvenir à faire sonner le folk américain de manière très anglaise. Oui, même un blues comme "Not in Nottingham", perle mélodique. Sans parler d'un esprit hippie encore très en vogue, mélangé au terroir. GRATEFUL DEAD a dû aimer !

La parade militaire du prince Jean est géniale, le thème "Love"/"Hier Deux Enfants" pour la belle romance évoque la féérie des anciens DISNEY tout en se montrant digne des airs de princesses. La fin demeure très émouvante avec les vocalises féminins sur guitare folk pendant le mariage de Robin et Marianne ; l'apport de cloches tubulaires est, de plus, particulièrement bienvenu en cette année 1973, si vous voyez ce que je veux dire... On pourrait continuer longtemps sur ce film qui n'est sans doute pas exempt de maladresses scénaristiques et animées, mais qui demeure riche en qualités, suffisamment pour susciter toute la reconnaissance du public et rester parmi les favoris. C'est une excellente réunion de tout ce que DISNEY sait faire de mieux. Les voix et la musique, irréprochables quant à elles, y sont pour beaucoup.

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   MARCO STIVELL

 
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- George Bruns (direction musicale, compositions)
- Walter Sheets (orchestrations)
- Floyd Huddleston (écriture des chansons)
- Roger Miller (chant, écriture des chansons)
- Phil Harris, Monica Evans (chant)


1. Générique
2. Whistle-stop
3. Oo-de-lally/quel Beau Jour Vraiment
4. Parade
5. Love/hier Deux Enfants
6. The Phony King Of England/messire Le Roi De Mauvai
7. Not In Nottingham/pas à Nottingham
8. Oo-de-lally (reprise)



             



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