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DISNEY - Taram Et Le Chaudron Magique (1985)
Par MARCO STIVELL le 17 Janvier 2018          Consultée 670 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Dans le genre DISNEY maudit, on peut difficilement faire mieux que The Black Cauldron, en français Taram et le Chaudron Magique. Renié par beaucoup de ses concepteurs et une bonne partie des studios, ce film d'animation diffusé en 1985, avec un succès mineur à la clé, est intégré on ne sait comment aux rééditions systématiques et a sa place dans la numérotation des classiques.

Plusieurs films de DISNEY ont déjà suscité une polémique interne, Alice au Pays des Merveilles en premier lieu, mais c'est peu de choses comparé à celui-ci. À moins d'avoir grandi avec - et encore -, Taram et le Chaudron Magique déçoit, alors que les studios tentent de renouer avec les histoires européennes et les contes, faisant suite au Noël de Mickey. Les chroniques de Prydain, oeuvres de l'Américain Lloyd Chudley Alexander écrites à la fin des années 60, s'inspirent elles-mêmes des récits anciens déjà longuement adaptés par DISNEY.

Si le film manque son coup, c'est la faute à une histoire un peu moins palpitante que d'habitude, des personnages moins attachants et un dessin de qualité moindre. Comme beaucoup de projets cinématographiques à cette époque, il y a une couleur particulière qui se manifeste ici dans les ambiances horrifiques, des couleurs baveuses et quasi-épileptiques par moments (l'armée de spectres). Pourtant, DISNEY maîtrise le sujet, mais là... Toutes les émotions, drôlerie, sentiments tendres, se diluent dans une inspiration en berne et un trop-plein de n'importe quoi, auquel un tout jeune Tim Burton était censé apporter sa patte.

Taram est un héros plus énervant qu'autre chose, le ménestrel Ritournelle fait à peine sourire, Gurgi ne convainc pas davantage. Eilonwy est mignonne mais elle ne trouve pas sa place durable parmi les princesses DISNEY. les sorcières sont grotesques, sans rien de plus (à moins d'avoir inspiré les Moires dans Hercule, 13 ans plus tard), tout comme le Horned King/Seigneur des Ténèbres qui néanmoins se détache du lot, par opposition à son personnage très secondaire dans les livres.

Avec sa voix amplifiée de réverbération et son charme théâtral, John Hurt (Elephant Man, Midnight Express, Harry Potter...) incarne à merveille ce prince noir et démoniaque qui semble être un rejeton de Maléfique et de Sauron, le (faux) grand méchant de l'univers de Tolkien. Un parallèle pas si incongru, puisque les deux personnages auraient bien pu se rencontrer pendant les années 50, La Belle au Bois Dormant ayant vu le jour quelques années seulement après l'écriture du Seigneur des Anneaux. Rappelons que celui-ci a déjà connu une adaptation plutôt chouette en animation durant l'année 1978 et que John Hurt y avait d'ailleurs doublé Aragorn.

Si DISNEY sauve de peu son projet grâce au méchant (et à son doublage), qui traîne lui-même très bien la patte, passons vite sur une musique sans relief, trop bien adaptée à la qualité de l'histoire. Après une introduction caverneuse récitée qui, par la même occasion, amène la tradition nouvelle des génériques poussés en fin de film, le début avec Dalben retient quelque peu notre attention car on y entend deux ou trois moments folk nordiques ou celtiques courts, avec flûtes à bec, ocarina. Il y a aussi le thème doucereux au moment où Taram s'en va.

Les partitions d'orchestre "lourd", lorsque le cochon Tirelire est enlevé ou alors dès les premières scènes au château maléfique, nous font croire à quelque chose de meilleur, sans parvenir à décoller davantage. Des moments brefs comme ceux-ci, ou d'autres qui nous titillent l'oreille gentiment comme avec les fées ou lors de la découverte de l'épée, ce film n'en est même pas truffé, ils sont vraiment rares. Et par dessus le marché, c'est le premier, sans doute le seul DISNEY où l'on n'entend aucune chanson. Originalité ? Non, simplement raté. Dommage pour Elmer Bernstein (Les Dix Commandements, Les Sept Mercenaires, Blues Brothers, SOS Fantômes...) et son fils Peter (arrangeur d'orchestre).

Mis à part des idées filantes qui se comptent sur les doigts d'une main et ne durent pas assez pour nous convaincre, relevons les ondes Martenot employées pour la musique des fées qui est réutilisée lors du générique final. Et c'est tout. Hélas pour Taram et le Chaudron Magique, rien ne donne envie d'y revenir plus d'une fois, à l'exception d'un seul personnage, et encore par curiosité. Comme Merlin l'Enchanteur (1963) était le projet de Bill Peet, le DISNEY millésimé 85 est l'oeuvre principalement rattachée à Richard Rich (le même dont on a parlé pour Rox et Rouky), lui aussi parti des studios juste après son échec cuisant et qui, neuf années plus tard par sa propre entreprise, proposera le même univers en bien mieux avec Le Cygne et la Princesse.

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